George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, naquit en 1903 au Bengale britannique et mourut à Londres en 1950, à seulement quarante-six ans, laissant derrière lui une œuvre d’une lucidité et d’une densité intellectuelle rarement égalées. Journaliste, essayiste et romancier, il forgea sa vision du monde dans les tranchées de la guerre d’Espagne, les bas-fonds de Paris et les charbonnages du nord de l’Angleterre, forgeant une pensée à la fois rigoureuse et profondément humaine. Ses deux grandes fables politiques, La Ferme des animaux et 1984, demeurent des avertissements prophétiques contre le totalitarisme, la propagande et la corruption du langage. Orwell est de ces esprits rares dont les mots, écrits au cœur du XXe siècle, semblent avoir été composés pour décrire chaque époque qui lui a succédé.
Citations sur la vérité et le mensonge
« La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, tout le reste s’ensuit. »
« Le grand ennemi du langage clair, c’est le manque de sincérité. »
« Le langage politique est conçu pour donner aux mensonges les apparences de la vérité, pour rendre l’assassinat respectable, et pour conférer à de simples vents l’apparence d’une consistance solide. »
« Voir ce qui est sous son nez exige un effort constant. »
« Le Parti vous ordonnait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son injonction la plus fondamentale et la plus essentielle. »
« La réalité n’existe que dans l’esprit humain, et nulle part ailleurs. »
« Chaque document a été détruit ou falsifié, chaque livre réécrit, chaque tableau repeint, chaque statue et chaque rue et chaque édifice rebaptisé, chaque date modifiée. »
« La doublepensée signifie la faculté de tenir simultanément deux croyances contradictoires et de les accepter toutes les deux. »
Citations sur le pouvoir et la tyrannie
« Qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Qui contrôle le présent contrôle le passé. »
« La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. »
« Le pouvoir n’est pas un moyen, c’est une fin. »
« L’objet du pouvoir, c’est le pouvoir. »
« Nous savons que nul ne s’empare du pouvoir avec l’intention d’y renoncer. »
« Si vous voulez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain — éternellement. »
« Tous les animaux sont égaux, mais certains animaux sont plus égaux que les autres. »
« Le nationaliste non seulement ne désapprouve pas les atrocités commises par son propre camp, mais il possède une capacité remarquable à ne même pas en entendre parler. »
« Les bêtes regardèrent du cochon à l’homme, et de l’homme au cochon, et du cochon à l’homme encore ; mais déjà il leur était impossible de dire qui était qui. »
« Le choix de l’humanité est entre la liberté et le bonheur, et pour la grande majorité des hommes, le bonheur est préférable. »
Citations sur la liberté et la conscience
« Si la liberté signifie quelque chose, elle signifie le droit de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. »
« Big Brother vous regarde. »
« Quand l’homme blanc devient tyran, c’est sa propre liberté qu’il détruit. »
« Être en minorité, même une minorité d’un seul, ne vous rendait pas fou. »
« Tant qu’ils n’auront pas pris conscience de leur force, ils ne se révolteront pas, et tant qu’ils ne se seront pas révoltés, ils ne pourront pas prendre conscience de leur force. »
« À long terme, une société hiérarchique ne pouvait reposer que sur la pauvreté et l’ignorance. »
« La raison n’est pas affaire de statistiques. »
« Si vous voulez garder un secret, il faut aussi vous le cacher à vous-même. »
« Quatre pattes, c’est bien. Deux pattes, c’est mal. »
Citations sur le langage, l’écriture et la pensée
« La bonne prose est comme une vitre. »
« L’orthodoxie signifie ne pas penser — ne pas avoir besoin de penser. L’orthodoxie, c’est l’inconscience. »
« Écrire un livre est une lutte horrible et épuisante, comme un long combat contre une maladie douloureuse. On n’entreprendrait jamais une telle chose si on n’y était pas poussé par quelque démon qu’on ne peut ni résister ni comprendre. »
« À notre époque, il est impossible de rester en dehors de la politique. Toutes les questions sont des questions politiques, et la politique elle-même est une masse de mensonges, d’esquives, de folie, de haine et de schizophrénie. »
« L’une des caractéristiques les plus horribles de la guerre, c’est que toute la propagande, tous les cris, tous les mensonges et toute la haine viennent invariablement de gens qui ne combattent pas. »
« Le nationalisme ne doit pas être confondu avec le patriotisme. »
« Chaque génération s’imagine être plus intelligente que celle qui la précède et plus sage que celle qui la suit. »
« À cinquante ans, on a le visage qu’on mérite. »
L’héritage de George Orwell tient en ceci : il a nommé les mécanismes invisibles par lesquels le pouvoir corrompt la réalité et le langage la sert. Ses mots continuent de résonner parce qu’ils ne décrivent pas seulement les totalitarismes du XXe siècle, mais la tentation permanente, dans toute société, de substituer la propagande à la vérité et l’obéissance à la pensée. Tant que des hommes chercheront à contrôler ce que d’autres pensent, Orwell sera leur adversaire le plus redoutable.
